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Brésil : répondre à la crise électrique

Magazine alternatives n° 2, 1er trimestre 2003 Rubrique : Perspectives

Confronté à l'une des plus graves crises énergétiques de son histoire, ce pays de 175 millions d'habitants va relancer son programme de production d'électricité.

Le Brésil a toujours disposé d'une énergie abondante et bon marché. Pourtant, depuis quelques mois, le pays est entré dans une véritable crise énergétique, avec ce qu'on appelle là-bas des « apagoun », coupures générales d'électricité sous forme de délestages quotidiens pouvant durer plusieurs heures.

Le tout hydraulique en question

Comment en est-on arrivé là ? Premier élément de réponse : le Brésil a mis tous ses œufs dans le même panier en optant pour le tout hydroélectrique.

Aujourd'hui ces barrages fournissent 97 % de l'énergie consommée, situation qui fragilise le pays en le faisant dépendre du niveau des pluies. Mais il y a d'autres facteurs. Ainsi, en dix ans, le Brésil a-t-il réduit de moitié ses investissements dans le domaine de l'énergie, d'où l'absence de lignes à haute tension pour relier les bassins excédentaires et ceux déficitaires en électricité. C'est pourquoi le gouvernement a décidé la construction d'une nouvelle ligne de 500 km, pour améliorer l'offre d'électricité dans la région de São Paulo et Campinas.

Pour parer au plus pressé, on parle également d'installer des centrales alimentées au gaz ou encore des centrales dites de cogénération, alimentées par des combustibles naturels (papier, riz, alcool). Celles-ci bénéficieront de mesures gouvernementales incitatrices pourvu qu'elles soient opérationnelles dès 2003. Dans ces conditions, les énergies renouvelables sont quelque peu mises de côté pour l'instant. « Même si les autorités montrent une certaine volonté à développer les sources d'énergie nouvelles, leur part reste négligeable au Brésil », reconnaît ainsi Marie-Jo Michel, chef de la mission économique de l'ambassade de France à Rio de Janeiro. « Mais cela laisse augurer du fort potentiel de développement des énergies renouvelables face aux moyens classiques de production comme le thermique et l'hydraulique, qui restent encore largement insuffisants pour garantir la demande énergétique du pays. »

L'éolien en pointe

Parmi elles, l'éolien s'affirme comme la première des nouvelles sources d'énergie envisagées dans ce pays. Ne représentant encore que 20 MWe installés, son intérêt s'impose d'autant plus, dans les conditions économiques actuelles du Brésil, qu'il n'exige pas d'investissements aussi importants que ceux des futurs projets hydrauliques. Au total, les dix centrales hydro-électriques en cours de réalisation ajouteront 1 400 MWe de capacité aux 65 000 MWe existants. Mais – font remarquer les opposants – d'immenses étendues seront ainsi perdues, alors que des éoliennes les laisseraient disponibles pour d'autres usages (élevage, agriculture) tout en laissant l'eau disponible pour l'irrigation.

Une carte détaillée des vents qui soufflent au Brésil est en cours d'élaboration, pour localiser sur l'ensemble du pays les sites les plus intéressants de ce point de vue. Sans attendre, l'Aneel (Agence brésilienne de régulation de l'énergie) avait déjà autorisé fin décembre 2001 une quarantaine de projets, représentant une capacité de plus de 3 600 MWe et un investissement de plus de 3,2 milliards de dollars (ou euros) au cours des quatre prochaines années. La plupart de ces projets se situent dans les États de Rio Grande do Norte, de Ceará et de Pernambuco.

La biomasse comme autre solution d'avenir

Les autorités brésiliennes n'en fondent pas moins, également, quelques espoirs sur l'utilisation de la biomasse. Le potentiel en ce domaine diffère selon les végétaux considérés, et c'est l'utilisation de la bagasse (résidu de traitement de la canne à sucre) qui représente le meilleur potentiel compte tenu de l'importance de l'industrie sucrière et du développement de la production d'alcool comme carburant automobile.

Pour l'instant, la capacité installée pour utiliser l'énergie à partir de la bagasse est d'environ 300 MWe. Selon le Cenbio (Centre national de la biomasse), cette source d'énergie pourrait toutefois atteindre 4 000 MWe dans le futur. Ce qui n'a rien d'impossible quand on sait que pour la seule industrie sucrière le potentiel théorique est de 6 000 MWe. Quant au solaire, contrairement à ce que l'on pourrait penser compte tenu de la position géographique du pays, il reste encore très marginal.

20 000 MWe en plus

À l'évidence, le Brésil avait bien besoin d'une relance énergétique, laquelle fut enfin décidée en juillet 2001, au terme d'un programme gouvernemental d'urgence destiné à augmenter la capacité de production de 20 000 MWe. Le programme d'incitation décidé par une loi d'avril 2002 prévoit que ce sont bien les énergies renouvelables (éolien et biomasse) qui progresseront le plus. L'objectif est par ailleurs d'augmenter la participation des producteurs indépendants et autonomes dans le réseau de base interconnecté. Le Brésil n'en continue pas moins d'exploiter son unique réacteur électronucléaire de la centrale d'Angra, en service depuis plus de vingt ans. Il s'agit d'ailleurs d'un réacteur de type REP, de puissance plutôt modeste (640 MWe). Mais il est prévu de mettre en service la tranche Angra II dans les mois qui viennent, et Angra III en 2006. Favoriser les énergies nouvelles n'exclut donc pas, pour le Brésil, de continuer à développer l'énergie nucléaire, mais une fois les trois tranches de la centrale d'Angra en service celle-ci ne représentera guère que 3 % de la production électrique du pays.

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