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Le gaz, atouts et questions

Tag(s) : gaz

Magazine alternatives n° 9, 3e trimestre 2005 Rubrique : Dossier

Fiable pour la combustion, facilement transportable et stockable, relativement peu polluant et encore abondant, le gaz naturel est parmi les hydrocarbures celui qui devrait survivre le plus longtemps.

Issu de la décomposition de matériaux organiques (plantes et animaux), le gaz naturel est un mélange d'hydrocarbures légers comprenant principalement du méthane (CH4 : carbone et hydrogène), mais aussi du propane, des butanes, pentanes, ainsi que d'autres composés comme le CO2, l'hélium, le sulfure d'hydrogène ou l'azote. Les proportions varient d'un gisement à l'autre. Ce gaz, incolore, inodore, insipide, sans forme spécifique et prompt à se disperser dans l'air, a tout pour ne pas retenir l'attention. Pendant longtemps d'ailleurs, les hommes l'ont peu ou mal utilisé, s'en contentant uniquement pour s'éclairer (becs de gaz), quand ils ne se méfiaient pas de sa présence intempestive (coups de grisou dans les mines, accidents domestiques ou industriels…). Mais, depuis les années 20, ils savent l'apprécier et l'exploiter.

60 ans de réserves

L'un des principaux atouts du gaz naturel est d'être la source d'énergie fossile la mieux répartie dans le monde : dans des réservoirs naturels (« poches ») sous la surface terrestre, souvent au-dessus des nappes pétrolifères, ou encore dans les profondeurs des océans.

L'estimation des réserves est approximative car l'évolution des techniques d'exploration apporte chaque jour son lot de découvertes et repousse les quantités jugées disponibles, à taux d'exploitation égal. Toutefois, selon CEDIGAZ (Centre d'information international sur le gaz naturel), les réserves prouvées sont suffisantes vis-à-vis des capacités actuelles de production et répondront à la croissance pour au moins les soixante années à venir, avec un volume disponible de près de 180 000 milliards de mètres cubes en 2004. CEDIGAZ estime également à 104 000 milliards de mètres cubes les réserves additionnelles des sites d'hydrocarbures connus, lorsque ces derniers seront mis en exploitation.

Il faut noter que le classement des pays producteurs et exportateurs n'est pas le reflet de la carte des réserves « prouvées » de gaz naturel. Ainsi, les États-Unis, qui ne détiennent qu'une faible part de ces réserves (4 %), sont le deuxième producteur mondial, mais un très faible exportateur car ils utilisent la quasi-totalité de leur production pour leurs besoins propres et vont jusqu'à absorber la totalité des exportations canadiennes ! Tandis que la Russie, deuxième pour les réserves et première pour la production, exporte jusqu'à 30 % de celle-ci, principalement vers l'Union européenne. Enfin, le Moyen-Orient, bien que son potentiel soit le premier au monde, privilégie – pour l'instant – le pétrole.

Une énergie adaptéeaux économies en développement

Le gaz naturel est l'énergie primaire d'origine fossile qui a connu la plus forte progression depuis une trentaine d'années. S'il a pleinement trouvé sa place dans le mix énergétique mondial, c'est en raison des nombreuses applications auxquelles il se prête facilement et dont certaines sont encore en développement (fabrication d'hydrogène par reformage).

Présent notamment pour les usages domestiques (cuisine, chauffage…), il est aussi largement utilisé par l'industrie dans de nombreux process de fabrication et de transformation. Les centrales qui l'utilisent sont construites rapidement, plus faciles à entretenir et moins polluantes que celles brûlant d'autres combustibles fossiles. Ceci en fait une source d'énergie adaptée aux économies en développement, du fait de l'urgence de leurs besoins. Les centrales à cycle combiné (à ne pas confondre avec les centrales de cogénération, permettent notamment de récupérer la chaleur de combustion des gaz, pour alimenter une deuxième turbine et produire de cette manière davantage d'électricité. Pour la production d'énergie, il se révèle intéressant sur le plan des coûts d'investissement et d'exploitation. Mais le bilan reste néanmoins élevé du fait du coût du combustible, en comparaison avec le nucléaire. Enfin, il constitue un carburant économique et peu polluant pour l'automobile, sous forme de gaz comprimé ou de gaz liquéfié, avec notamment un produit récent et très prometteur, le GTL.

Un combustible moins polluant

La possibilité de liquéfier le gaz naturel est l'une de ses plus grandes qualités, exploitée aussi bien pour son transport que pour son stockage. Il en offre bien d'autres, comme celle d'être le moins polluant des combustibles d'origine fossile au regard de l'effet de serre, grâce à un faible contenu en carbone. Sa combustion n'émet quasiment pas d'oxyde de soufre (responsable des pluies acides), ni de particules solides ou d'imbrûlés. Globalement et à quantité d'énergie égale, il dégage de 25 à 30 % de CO2 de moins que les produits pétroliers et moitié moins que le charbon, mais 23 fois plus que l'éolien et 29 fois plus que le nucléaire. De plus, injecté dans des chaudières au charbon ou au fioul, il réduit de 50 à 70 % les émissions de NOx (oxyde d'azote), et de 20 à 25 % celles de CO2. Le gaz naturel brûle facilement et avec un intervalle faible d'inflammabilité, ce qui en fait un combustible sûr comparé à d'autres sources d'énergie fossiles. En revanche, son pouvoir énergétique, calculé en BTU, varie selon la pression à laquelle il est soumis et selon la quantité de méthane qu'il contient, ce dernier représentant plus de 80 % de sa part énergétique. Car le gaz naturel, comme les autres combustibles fossiles, affiche des propriétés intrinsèques qui varient d'un gisement à l'autre.

Aux côtés du nucléaire

La lutte contre le réchauffement climatique ouvre de nouvelles perspectives au gaz naturel, grand pourvoyeur d'hydrogène par définition. Mais il faudra pour cela développer des technologies économiques de vapo-reformage du gaz afin d'en extraire l'hydrogène, combinées à des solutions également économiques et surtout parfaitement sécurisées de séquestration du CO2. Des solutions incontournables pour que le gaz naturel puisse faire son entrée, aux côtés du nucléaire, dans le cercle très fermé des énergies compétitives et sans carbone.

Retrouvez l'intégralité du n° 9

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Les véhicules roulant au gaz naturel sont une invention récente.