Bernard Meclot et Pierre Labeyrie : Quel avenir pour l'électricité verte ?
Tag(s) : électricité verteMagazine alternatives n° 3, 2e trimestre 2003 Rubrique : Électron libre
Qu'entend-t-on par « électricité verte » ? Sous ce néologisme, on regroupe généralement la production d'électricité issue d'énergies renouvelables, c'est-à-dire toutes celles qui n'ont pas comme source primaire des combustibles fossiles (pétrole, gaz, charbon) ou nucléaires (uranium, plutonium).
En France, EDF a entrepris de multiplier par dix ses investissements dans les sources d'énergies renouvelables et, pour promouvoir cette action, propose aux consommateurs français et étrangers une « Option Equilibre ». Les entreprises souscrivant à ce contrat acceptent qu'un certain pourcentage de leur consommation soit d'origine « verte ». Pour chaque kWh acheté dans ce cadre, EDF s'engage à injecter sur le réseau un kWh d'électricité effectivement produite à partir de ses sites d'énergies renouvelables. Les entreprises partenaires de cette option (réservée aux clients dont la consommation est supérieure à 7 GWh par an) paieront leurs kWh environ 21 % plus cher, mais ce label prouvera leur intérêt pour la préservation de l'environnement, avec un effet a priori positif sur leur clientèle.
L'électricité n'étant pas un produit traçable, il faut que cette offre soit garantie. Pour que le producteur ne soit pas tenté de vendre plusieurs fois les mêmes kWh verts, les opérations seront contrôlées par un organisme européen indépendant, le RECS (Renewable Energy Certificate System), qui établira des certificats verts garantissant l'origine et le décompte des kWh verts achetés. Une cinquantaine de grandes entreprises françaises se sont déjà montrées intéressées, les premiers contrats devant être conclus avant la fin de cette année.
L'avis de Bernard MECLOT
Directeur adjoint au développement durable et à l'environnement d'EDF.
"Il faudra désormais utiliser les énergies sans exclusive, car le contraire conduirait à des impasses."
"Par énergie verte, en dehors de celle produite par les grands barrages, on entend surtout la petite et moyenne hydraulique, ainsi que les éoliennes. Même si les autres sources, en particulier le méthane issu des déchets agricoles et des boues de stations d'épuration, ne sont pas à négliger.
De toute façon, nous sommes persuadés qu'il faudra désormais utiliser toutes les énergies sans exclusive, car le contraire conduirait à des impasses. Mais il faut tenir compte de l'aspect économique de cette activité. Si EDF est tenue de racheter les kilowatts produits, les infrastructures, ainsi que le raccordement au réseau sont à la charge de l'industriel. L'électricité verte produite en France est également vendue à l'étranger, à travers les filiales d'EDF. En Suède, par exemple, Graninge a bâti toute sa stratégie commerciale sur l'éolien et l'hydraulique avec le label « Énergie verte ».
Même chose aux Pays-Bas, via la filiale EDF Trading. En Grande-Bretagne, dans le cadre de la loi sur le « Climate Change », la France vend de l'électricité produite par ses centrales hydrauliques et par l'usine marémotrice de la Rance. Tous les mois, EDF transmet au régulateur anglais le décompte de l'énergie produite par chacune de ses centrales, ainsi que les capacités de transport acquises sur l'interconnexion France/Angleterre. Le régulateur délivre ensuite à EDF les certificats d'exonération fiscale."
L'avis de Pierre LABEYRIE
Directeur d'EDEN, association pour la promotion des énergies renouvelables.
"Chaque région a des opportunités particulières… toutes doivent être exploitées."
"La France est en retard par rapport aux autres pays européens pour la valorisation des sources d'énergies renouvelables et on ne peut donc qu'approuver une initiative officielle prise en faveur de ces énergies vertes. Mais il y a un gouffre entre une déclaration d'intention et le passage aux actes. L'énergie verte dont EDF assure la promotion en France et à l'étranger est produite essentiellement par les grands barrages hydroélectriques et quelques éoliennes. Mais il faut savoir que si chaque région a des opportunités particulières, toutes doivent être exploitées. Ici il y a beaucoup de forêts, là des collines très ventées, ailleurs de grands élevages, une abondance de déchets organiques et partout du soleil… Le cas de la méthanisation est d'ailleurs typique.
Les élevages et les stations d'épuration français pourraient fournir autant de gaz naturel que le site de Lacq, mais les initiatives ne sont pas encouragées car on préfère se débarrasser du gaz en le brûlant dans des torchères. Près de Lunéville, par exemple, un petit éleveur recouvre sa fosse à lisier pour récupérer du méthane avec lequel il veut faire tourner un groupe électrogène de 30 kWh. Comme il n'a besoin d'électricité que le matin et le soir, il pourrait injecter son courant électrique sur le réseau… mais cela fait deux ans qu'il attend son raccordement ! Pourtant, cette utilisation du lisier serait tout bénéfice : production d'énergie et moindre pollution des nappes phréatiques. Un millier d'installations de ce type sont aujourd'hui en fonctionnement outre-Rhin."

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